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La performance des douanes pointée du doigt

Les douanes malgaches n’ont jamais été aussi « passoires ». Voilà en quoi se résument les mots des opérateurs économiques lors d’une rencontre avec les journalistes sur la performance des douanes malgaches.

« Nous tirons la sonnette d’alarme car il y a trop de produits importés qui envahissent le marché malgache. Nous pensons que les douanes en sont la principale source car malgré les différents arrêtés ministériels qui ont été élaborés pour protéger les industries malgaches, il n’y a aucune application de ces lois. Ce service doit procéder à certaines améliorations sur ses méthodes de travail ». Tel est le message envoyé par le Syndicat des industries de Madagascar pointant du doigt les principes des douanes malgaches qui veulent paraître sous leur plus beau jour.

Nous avons pu recueillir quelques témoignages sur les défaillances de ces services. « Un arrêté interministériel n°28 520/2011 du 30 septembre 2011 relatif à la réglementation de la commercialisation des savons et détergents n’est pas respecté car nous assistons à une invasion des produits hors normes sur le marché. Cet arrêté détaille les normes sur le taux de phosphate et de quelques caractéristiques techniques d’un savon qui doivent être mentionnés sur l’emballage. Donc, normalement, leur commercialisation et même leur entrée sur le territoire malgache doivent être interdites mais hélas ce n’est pas le cas » témoigne un opérateur œuvrant dans cette filière.

Les cas de corruption sont aussi très courants et ce au vu et au su de plusieurs responsables. « Il y a deux poids deux mesures car certains importateurs doivent juste payer 15 millions d’ariary (soit environ 4 100 euros) pour dédouaner un conteneur de marchandises quel que soit son contenu et ceci dans les plus brefs délais (…) Le plus triste c’est que plus on est en règle, plus les agents des douanes nous taquinent car ils n’ont rien à gagner. Ce sont les dossiers qui représentent des vices qui les intéressent le plus afin qu’ils puissent empocher un peu ».

Grâce à des déclarations frauduleuses, des importateurs paient des taxes moins importantes et peuvent vendre les marchandises à des prix qui ne couvrent même pas le prix de revient des productions locales.

La corruption, la fausse déclaration, le manque de suivi et de contrôle des contrefaçons, le traitement non égalitaire des opérateurs et la non fiabilité du système de dématérialisation… sont entre autres les lacunes qui minent les douanes malgaches et dont les conséquences se répercutent inéluctablement sur les industries malgaches. L’incompétence des agents a été également soulignée car avec la dématérialisation du système, certains n’arrivent pas encore à maîtriser les outils de travail et d’autres ignorent les lois qui régissent certains produits.

Le service des douanes persisterait même à rester « aveugle et sourd » aux doléances des opérateurs économiques. « Les agents des douanes ne reçoivent aucune suggestion de la part du secteur privé pour améliorer leurs services. Ils nous disent toujours d’adresser une lettre au ministre concerné mais nous n’obtenons pas satisfaction. Ils nous disent même que ce n’est pas le SIM qui va nous apprendre notre travail » témoigne un opérateur.

Au final, c’est le consommateur, les petites entreprises, les petits fournisseurs, les employés… et donc le pays qui seront les plus touchés par l’incompétence des douanes. En effet, l’invasion des produits hors normes constituent un danger pour la santé publique. La part de marché des industries locales diminue progressivement entraînant une baisse de production. Par exemple, la Société industrielle du Boina a été contrainte de cesser ses activités suite à l’invasion de savons importés. Une industrie dans le secteur des produits laitiers a dû cesser sa collaboration avec les petits éleveurs. « L’importation de lait en poudre revient moins cher », explique un responsable.

L’assainissement de l’administration douanière est urgent car les industries malgaches meurent à petit feu. Leur protection maintes fois réclamée est surtout une question de volonté politique et de bonne gouvernance. « Accroître les droits de douanes ne ferait qu’empirer la situation car les importateurs malhonnêtes chercheront d’autres moyens pour tricher » explique un de nos interlocuteurs.

FR et SR

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