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NTIC : Un développement malgré les embûches

S’il est un secteur de l’économie malgache qui offre un visage dynamique, c’est bien celui des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication. Aujourd’hui, une très grande partie du territoire au relief compliqué (591.000 km2) est couvert par les réseaux téléphoniques et Internet. Les leaders mondiaux des BPO (externalisation numérique de services) se pressent dans la Grande-île. Tout irait donc pour le mieux, si…

Si les ressources humaines étaient disponibles. Dans ce pays qui recense plus de 11 millions de jeunes de moins de 18 ans, il apparaît paradoxal que l’on ne puisse fournir à tous les professionnels qui les réclament, des jeunes éduqués et bien formés maîtrisant, tout au moins, correctement le français. Il faut admettre que le système éducatif, depuis la «malgachisation» chère à l’ex-Président Ratsiraka, connait des déficiences abyssales.

La formation encore largement déficitaire…

Ce ne sont pourtant pas les centres de formation de haut, et bon, niveau qui manquent. Il ne forment, néanmoins, qu’un millier tout au plus d’ingénieurs par an (toutes spécialités confondues) dont bon nombre s’évadent, à peine diplômés, vers l’ïle Maurice, la France ou le Canada. Raison pour laquelle le GOTICOM (Groupement des Opérateurs des Technologies de l’Information et de la Communication) a ouvert officiellement en septembre dernier son École Supérieure des Technologies de l’Information. D’après quelques estimations et compte-tenu de l’arrivée de quelques “grosses pointures” dans le domaine des BPO-call centers, ce sont plus de 2.000 par an dont le pays a besoin. Pour trouver des éléments susceptibles aujourd’hui de fréquenter des instituts supérieurs, il aurait fallu pouvoir les accueillir il y a quinze ans dans des écoles primaires dignes de ce nom, les éduquer dans un environnement francophone de qualité…

Les infrastuctures s’améliorent…

Comme déjà évoqué, les infrastructures se sont considérablement améliorées ces dernières années. Quatre opérateurs principaux en téléphonie mobile et accès Internet se partagent un petit marché (au regard de la faiblesse du pouvoir d’achat) mais qui demeure prometteur : l’opérateur national historique Telma (Télécom Malagasy), Orange Madagascar, Bharti Airtel et Gulfsat Madagascar. Deux câbles sous-marins abordent les rivages du pays, Eassy (East African Submarine System) dont Telma est un des partenaires majeurs et Lion (Lower Indian Ocean Network) d’Orange France Télécom. Si des entreprises comme SFR ou Outre-mer Telecom ou bien encore Téléperformance et B2S se sont installées dans le pays, c’est de toute évidence qu’elles y ont trouvé les moyens d’y travailler. Cependant, pour le consommateur lambda la donne est quelque peu différente: les prix même s’ils ont énormément baissé demeurent encore un peu élevés compte tenu du niveau de vie à Madagascar. Le comble, c’est que compte tenu de l’importance des investissements (liée à la prolifération de zones enclavées faiblement peuplées) les opérateurs trouvent, quant à eux, que ces tarifs sont trop faibles. Heureusement pour le consommateur que la concurrence, favorisée par la nouvelle règlementation en vigueur, rend petit à petit les prix plus accessibles.

…et les réglementations sont enfin adaptées

Longtemps, trop longtemps, les lois n’ont pas été adaptées à l’évolution des technologies (où, quand elles le furent, les décrets d’application n’ont jamais été signés). C’est désormais le cas notamment dans le domaine des infrastructures où la loi en vigueur sur les télécommunications permet la mutualisation des infrastructures en encadrant la tarification entre opérateurs, ce qui a permis une baisse significative du coût de ces infrastructures tout en garantissant un retour sur investissement à l’opérateur (en l’occurrence Telma) qui investit massivement dans les infrastructures depuis plus de dix ans… Pour illustrer l’aspect novateur de la loi en vigueur, il faut expliquer, par exemple, que le transport de voix sur IP est désormais autorisé à Madagascar. Les Call Centers ou les simples citoyens qui “skypent” sont donc désormais dans la parfaite légalité.

L’explosion du m-banking

Le PDG d’une grande entreprise des télécommunications avouait récemment que les recettes tirées des transferts d’argent par messagerie mobile (m-banking) sont “une source de revenus grandissante”. L’équivalent
de 15 millions d’US dollars par jour seraient échangés permettant une inclusion financière de la population non encore bancarisée (pour rappel,plus de 90% des Malgaches n’ont pas de compte bancaire et restaient dans l’informel avant le m-banking).

Le jour où la loi sera en adéquation avec les avancées technologiques du secteur, il conviendra d’élaborer un «cadre prudentiel». Il ne faudrait pas, en effet, que ce soit les mêmes acteurs qui détiennent les flux financiers et les flux d’informations. Pour l’heure les banques «gardent la main» mais certaines d’entre elles sont détenues par les mêmes intérêts que ceux qui président à quelques grandes sociétés des télécommunications. Pour l’e-commerce, le développement tant attendu est un peu en sommeil. Les problèmes réglementaires retardent son émergence. Combat d’arrière-garde…

Malgré tous ces avatars, le secteur des NTIC à Madagascar se porte plutôt bien et contribue, incontestablement, à renforcer l’attractivité du pays. Il pourrait connaître un accroissement beaucoup plus important s’il n’était “plombé” par les retards accumulés, notamment dans l’éducation, et les mentalités qui demeurent d’un autre âge. Mais tous les acteurs (privés) en sont convaincus: la révolution technologique passera en dépit des contraintes.

Source : Mémento “Spécial Madagascar” février 2018

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