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L’industrialisation et ses blocages

Organisé par le Cercle de Réflexions des Economistes de Madagascar (CREM), un Forum Economique National s’est tenu à l’Hôtel Carlton à Anosy les 26 et 27 mars. Plusieurs conférences-débats, dirigées par des spécialistes en économie et des personnalités du secteur privé, ont été au programme. Lundi après-midi ont eu lieu deux conférences autour de l’industrialisation. Un thème que tout le monde jugeait plus que primordial, considérant la situation économique de Madagascar actuellement. « Il y a quatre décennies, des pays tels que l’île Maurice, Taïwan ou la Corée du Sud étaient derrière la Grande-île en terme de PIB. Aujourd’hui, ce sont des pays riches et nous un des plus pauvres de la planète. La seule explication est qu’ils ont su s’industrialiser », soutient le Pr. Mamy Ravelomanana, enseignant-chercheur au département Economique de l’Université d’Antananarivo, un des panelistes ayant animé la conférence.

Les intervenants ont laissé entendre que Madagascar a raté une marche importante dans son histoire économique. « Ailleurs, les pays ont tout d’abord procédé à l’industrialisation avant de se lancer dans les services. Le secteur secondaire devant précéder le secteur tertiaire. Chez nous, ce sont les services (téléphonie…) qui ont devancé l’industrie », note l’enseignant-chercheur. Certes, les industries textile et agroalimentaire sont présentes à Madagascar, mais elles sont loin d’être suffisantes pour avoir un impact sur l’économie nationale. En plus, elles produisent essentiellement pour l’exportation ce qui réduit leur impact économique.

Le marché intérieur justifierait l’industrialisation du pays

Si des pays, tels que l’Allemagne ou les Etats-Unis ont émergé, c’est parce qu’ils fabriquent des produits industriels à destination de leurs propres populations. « Dans les années 70, tous les Allemands avaient une VolksWagen, et les Américains une Ford. A Madagascar, nous avons des produits haut de gamme, mais en petite quantité et destinés pour l’essentiel à l’étranger », explique-t-il. La Grande-île dépend essentiellement de l’importation. Pourtant, selon ce spécialiste, un pays doit mettre en place un système économique qui le fait vivre de ses propres industries dès qu’il dépasse les 20 millions d’habitants. « A noter que nous n’avons pas besoins de créer des milliers d’industries pour s’en sortir. Il nous faut juste trouver quelques-unes qui pourraient constituer une force pour nous », signale le Dr Aina Razafiarison.

Les panélistes n’ont pas caché leur incompréhension quant au fait que Madagascar a du mal à s’industrialiser alors qu’il a les ressources humaines pour cela. « Le montage automobile fut pour de nombreux pays d’Asie une porte d’entrée pour leur transition économique. Ils ont commencé par le montage de pièces détachées pour devenir ensuite producteurs de leurs propres marques de voiture. Pourquoi nous ne faisons pas pareil avec nos techniciens connus pour leur habilité et leur compétence ? » lance le Dr. Aina Razafiarison, historien-économiste. La réponse que lui-même a donné concerne le système économique et financier en vigueur au pays. Les banques ne pensent qu’à accumuler des profits, alors que leur rôle devrait être de participer à l’industrialisation. Face à cela, l’Etat n’encadre pas. Les conférenciers et l’assistance se sont accordés sur le fait qu’il doit s’effectuer une véritable révolution des mentalités avant d’envisager le développement du secteur industriel.

Solofo Ranaivo

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