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Le prix de la corruption

Le cycle des conférences organisées du 24 au 26 octobre dernier par le cabinet FTHM Conseils et l’Université d’Antananarivo, Mention économie, s’est achevé par deux interventions réunissant, chacune, un panel de brillantes personnalités et experts sur le thème général ayant trait à la gouvernance.
Un climat des affaires qui ne cesse de se dégrader
Les premières interventions ont été consacrées au climat des affaires et à la sécurité des investissements. Nul ne s’étonnera d’apprendre que, dans ces domaines, la Grande île se situe aux plus mauvaises places non seulement dans le monde mais même au sein du continent africain : moins bien classée par la Banque Mondiale que les Comores dans sa publication « Doing Business 2018 ». Tous les critères sont en régression, sans discontinuité, depuis 1996 : régulation, perception de l’État de droit, redevabilité (participation des citoyens), gouvernance, corruption et stabilité politique. Le pays était jugé plus attractif en 1996 qu’aujourd’hui… En outre, la libéralisation sauvage au détriment des entreprises locales ou la main mise de quelques groupes (certains agissant en partie dans l’informel) ont été dénoncées par plusieurs intervenants.
L’EDBM a plaidé sa cause. Cet organisme étatique oeuvre effectivement pour un cadre juridique attractif et sécurisant. Mais tant que les lois sur les investissements ne seront pas appliquées, ses actions sont extrêmement limitées. Si l’EDBM facilite la création d’une entreprise, cet organisme ne peut l’accompagner lors de ses conflits avec l’administration ou la justice (dénoncée comme extrêmement corrompue).
Maroniaina Rakotomanana, conseiller juridique auprès du SIM (Syndicat des Industries de Madagascar) déplorant que la loi sur le développement industriel ne soit toujours pas dotée de ses décrets d’application et déclarant que « Madagascar est le spécialiste de la création de lois dépourvues souvent de leurs décrets et que l’on applique jamais ».
Les incitations fiscales largement évoquées
Madagascar pourrait être considérée comme attractive sur le plan fiscal mais ce n’est qu’une illusion car le climat économique est trop défavorable (voire hostile comme entendu) : les «coûts cachés» de la corruption (racket et diverses taxes « para-fiscales ») venant contrarier cet apparent avantage comparatif. Marc Gérard, représentant résident du FMI rappelant, lors de la deuxième intervention centrée sur la corruption et les réformes économiques, que l’attractivité d’un pays ne se jauge pas à ses incitations fiscales. «Dans l’attractivité d’un pays, la fiscalité ne joue qu’à la marge. Bien d’autres critères priment dont la qualité des infrastructures ou la stabilité politique. En outre, les régimes d’exemption (auxquels le FMI n’est guère favorable) encouragent la corruption. »
La corruption principal fléau du pays
Le grand et vilain mot était lâché. La corruption qui gangrène le pays, peu ou proue institutionnalisée, entraîne une totale défiance de la population à l’égard de tout ce qui peut représenter l’État qualifié de « mafieux » par Faraniaina Pierre Bernard, représentante de la société civile. C’est la corruption, en très grande partie, qui explique l’écart entre le niveau des recettes (11 % du PIB) et le potentiel fiscal estimé à 17 % du PIB. Ce gap explique que les systèmes d’éducation ou de santé soient aussi déficients que les infrastructures (énergie, routes, ports…). « La corruption érode la légitimité des institutions gouvernementales. L’État est ressenti comme prédateur et l’administration n’inspire plus confiance» révèle une enquête du FMI rapportée par Marc Gérard.
Y a-t-il une réelle prise de conscience que le pays, à cause de tous ces fléaux, perd de son attractivité, par conséquent des emplois et autant d’atouts dans la lutte contre la pauvreté ? Au niveau des économistes, sûrement, de l’ensemble de la population résignée, peut-être, mais au niveau des leaders politiques, sûrement pas. La corruption a encore de beaux jours devant elle à ravager l’environnement économique.

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