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La cybercriminalité, un phénomène émergent

A Madagascar, la lutte contre la cybercriminalité est encore à son balbutiement. Un cadre juridique a été instauré pour lutter contre cette nouvelle forme de criminalité.

La cybercriminalité est l’infraction commise par l’intermédiaire d’un outil informatique connecté directement ou non à un réseau internet. Le phénomène commence à être de plus en plus récurrent à Madagascar.

Piège

La cybercriminalité est classée en deux catégories. La première concerne les infractions mineures orchestrées à travers les téléphones mobiles et d’autres outils de communications en ligne. Il s’agit le plus souvent d’atteintes aux bonnes moeurs ou d’entourloupes apparaissant sous forme de “pop up” publicitaires. La deuxième catégorie regroupe les espionnages de dossiers par piratages et la diffusion de virus. “Dans notre pays, les cybercrimes les plus fréquents se résument à des abus mineurs recelant des arnaques en tout genre. L’arnaque la plus fréquente concerne de faux gains reçus sur les téléphones mobiles. De nombreuses personnes sont tombées dans le piège”, explique le lieutenant-colonel Herilalatina Andrianarisaona, coordonnateur de la Cellule de Lutte Contre la Cybercriminalité (CLCC) qui a été institutionnalisée en août dernier par le Ministère de la Communication et de la Culture (MCC). “Cette forme de délit peut être considérée comme étant mineure, comparée à ce qui se passe à l’étranger, mais à long terme, elle pourrait évoluer vers des incitations à la haine voire des actes de terrorisme”, ajoute-t-il.

Compétences

La cybercriminalité par actes de piratage ou d’espionnage de données est fréquente dans les pays développés, grâce à l’évolution exponentielle de la technologie. Malgré un taux de pénétration d’internet relativement faible, Madagascar n’est plus à l’abri des pirates informatiques. La cybercriminalité couvrant beaucoup plus d’espace que les crimes classiques, les acteurs du domaine incitent d’ores et déjà à la prudence. “Il s’agit aussi d’une protection des propriétés intellectuelles. Les pays en voie de développement, comme Madagascar, possèdent une ressource
humaine de qualité et ayant une forte compétence. Le fruit des recherches entamées pourraient être subtilisées par des gens malveillants, si les données ne sont pas suffisamment protégées”, prévient Ahmed Bader, co-fondateur et directeur technique chez Abcit, un cabinet français d’expertise en cybersécurité et en Sécurité des Systèmes d’Information (SSI). “La Grande-île n’est pas à l’abri des cybercriminels qui pourraient espionner ou voler des données stratégiques concernant le fisc par exemple”, ajoute-t-il. En Afrique, des cyberattaques visant des établissements financiers avaient semé un trouble. Pour le cas de Madagascar, le développement de l’économie digitale, notamment les paiements dématérialisés à travers les comptes mobile money doit s’accompagner d’une extrême prudence sur les opérations. La question concerne également les entreprises.

Impacts

L’utilisation des téléphones mobiles et des appareils de télécommunication connait un “boom” sans précédent à
Madagascar. En 2018, l’Autorité de Régulation des Technologies de Communication (ARTEC) estime à 91% le taux
d’utilisation des téléphones portables en zones urbaines et à 81% en milieu rural. 64% de la population malgache ont
accès à la connexion 3G et 25% à la 4G. En 2019, avec l’arrivée de la 5G, le flux d’informations circulant dans la Grande-île est passé à une vitesse supérieure. C’est une ouverture d’envergure pour les cybercriminels. “À long terme, cela génèrerait des impacts économiques”, trace Ahmed Bader. Bien que l’élaboration d’une stratégie nationale de cyberdéfense n’ait pas encore concrètement commencé, des stratégies sectorielles existent mais elles se limitent au secteur concerné et à l’organisme gouvernemental responsable.

Stratégies

Le secteur financier, par exemple, possède obligatoirement des paramètres de cybersécurité pour la sécurisation de leurs transactions. Par ailleurs, diverses actions ont été amorcées en 2019, comme des formations dispensées par des experts étrangers en cybersécurité et la création de la CLCC. Toutefois, l’efficience de ces projets dépend grandement de campagnes de sensibilisation. C’est dans ce sens que la CLCC intervient. En plus des campagnes de sensibilisation, elle donne régulièrement des conseils sur les bonnes pratiques de protections des informations personnelles (mots de passe, suivis des fermetures et des ouvertures de comptes sur les réseaux sociaux…). La CLCC offre également une assistance juridique. “Le plaignant pourra obtenir plus rapidement les preuves afin de pouvoir faciliter les enquêtes de la police judiciaire”, explique le lieutenant colonel Herilalatina Andrianarisaona. Même si la cybercriminalité revêt encore des formes simplistes à Madagascar, il est fort à parier que les pirates voient dans les informations personnelles, dans les transactions monétaires et dans les données d’entreprises une manne potentielle. La cybersécurité commence donc par tout un chacun et les jeunes sont particulièrement incités à adopter les bons gestes, en attendant qu’une stratégie gouvernementale et que les leviers soient en place. “Nous avons octroyé une formation à des étudiants. La future génération sera sans nul doute l’ambassadeur de la culture de la cybersécurité à Madagascar”, conclut Ahmed Bader.

Le saviez-vous?

En analysant une base de données comprenant 3 milliards d’utilisateurs, Microsoft a découvert que 40 millions de mots de passes déjà piratés étaient toujours utilisés pour accéder à leurs services.

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