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Industrie agro-alimentaire : d’immenses atouts et de nombreuses contraintes

La nouvelle loi sur le développement industriel à Madagascar ne prendra tout son sens que si la composante agroalimentaire y prend une part prépondérante. Part qui ne se situe aujourd’hui qu’à 35% de l’ensemble du faible secteur industriel. Incompréhensible si l’on veut bien se rappeler que le pays est essentiellement à vocation agricole et que son développement ne peut passer que par la transformation et la mise en valeur des produits agricoles de rente.

Ce ne sont pas les secteurs du tourisme ou même de l’extraction minière qui vont sortir de l’ornière de la pauvreté extrême, l’ensemble du pays. Madagascar rejoindra les nations prospères le jour où les paysans deviendront de véritables agriculteurs, des producteurs dignes de ce nom, capables de fournir à l’agro-industrie des produits de qualité, en quantité suffisante et de manières régulière et programmée. Nous en sommes très loin puisque, pour l’heure, les paysans (80% de la population active) dont le métier est de nourrir les autres, n’arrivent plus… à se nourrir eux-mêmes ! Dans ce contexte, l’agro-industrie malgache tourne au ralenti ou en transformant des produits d’importation.

L’état des infrastructures et le niveau de formation freinent…

Le pays voit ses faibles infrastructures se dégrader inexorablement. Les saoudiens entament-ils des travaux sur la RN5 (au nord de Tamatave) que bon nombre d’autres routes nationales deviennent impraticables. Sur financement extérieur, débute-ton les travaux d’agrandissement de l’aéroport international d’Ivato que l’aéroport de Maroantsetra ne peut même plus accueillir les ATR d’Air Madagascar. Les Japonais s’apprêtent à agrandir considérablement le port de Tamatave alors que les Pangalanes et les ports de Mananjary et Manakara sont devenus inopérants. Ainsi, plus de 60% de la production agricole ne peut être acheminée et pourrit sur place. Dans ces conditions, le coût du transport des rares productions qui parviennent jusqu’aux industries agroalimentaires est exorbitant. L’approvisionnement en énergie, son coût et sa qualité, constitue également un handicap majeur au développement de toutes formes d’industries. Les plus grandes insuffisances proviennent, cependant, du niveau de qualification des acteurs du monde rural qui doivent devenir de véritables techniciens agricoles. Comment espérer voir un paysan établir une règle de trois afin d’épandre un pesticide à la bonne concentration, s’il est illettré? Comment espérer que les paysans puissent tendre vers des productions de qualité, respectant des normes internationales incontournables dès lors qu’elles s’adressent à l’industrie de transformation ?La formation professionnelle industrielle (à l’exception du secteur textile) est également quasi inexistante.

…un développement soumis à de nouvelles menaces.

L’insécurité grandissante qui règne dans les campagnes va inévitablement contribuer à une baisse de la production (les paysans ne cultivent que dans les périmètres très limités qu’ils peuvent sécuriser) et de sa qualité : les produits sont collectés immatures avant d’être volés. La concurrence, souvent déloyale, de produits importés finit de décourager les potentiels investisseurs dans le secteur de l’agro-industrie. Une administration laxiste et corrompue laisse entrer sur le territoire national des produits, à la qualité et origine douteuses, en sous-facturation notoire. Ainsi des articles asiatiques sont vendus, au détail, bien en dessous du coût des intrants nécessaires à la fabrication locale des produits similaires. Les Accords de Partenariat Economique (APE avec l’Union Européenne) constituent également de graves menaces. Il est illusoire d’imaginer que l’industrie malgache puisse saisir les opportunités d’exporter (dans l’immense majorité des cas, elle ne peut subvenir aux besoins locaux) alors que les importations, européennes notamment, peuvent entrer à Madagascar “hors quota, hors duty”. Même si une période intermédiaire est envisagée et une liste de produits “sensibles” élaborée, le risque d’une redoutable concurrence ne pourra que s’additionner à celle, totalement déloyale, alimentée par des importateurs véreux. Les accords intra-COI inquiètent également au plus haut point les industriels malgaches. Il est vrai que certaines îles servent de tremplin pour inonder Madagascar, sous couvert de production régionale qui bénéficie de facilités douanières, de produits asiatiques à peine reconditionnés.

Un incontournable plan à moyen terme

Le secteur industriel et, tout particulièrement, le secteur agroindustriel mise beaucoup sur la Loi sur le Développement Industriel à Madagascar (LDIM) dont les décrets d’application devraient être signés en cette année 2018. Pour d’autres lois concernant le secteur économique, cette étape essentielle a parfois pris plus d’une décennie… En espérant qu’en outre, dès 2019, ils ne seraient pas remis en cause par un nouveau pouvoir : la notion de continuité de l’État n’étant pas encore inscrite dans les mœurs politiques locales. Dans l’attente de l’entrée en vigueur effective de la LDIM, force est de constater l’absence d’une politique industrielle cohérente. Pour envisager un développement de l’agro-industrie à moyen terme, il convient prioritairement de créer les écoles et centres de formation professionnelle (agricole et industrielle) qui fourniront demain la main-d’œuvre qualifiée dont ces secteurs ont, déjà, un grand besoin. Il faudra envisager également l’intégration verticale de la filière. Un fabricant de confiture est obligé de se fournir en pots à l’extérieur du pays. Dans ces conditions il vaut mieux être importateur de confiture que fabricant local (surtout quand la fiscalité est plus favorable aux importateurs) et que, de toutes les façons, il faudra également importer le sucre dont la production locale ne peut satisfaire, loin s’en faut, l’industrie du pays.

L’état doit jouer son rôle de facilitateur

Le Ministère du Commerce multiplie les contrôles « normes et qualité » des produits et intrants agroalimentaires. Ces contrôles s’apparentent, bien souvent, davantage à du racket (les industriels étant obligés de subvenir aux “frais de déplacement” des agents de l’administration qui viennent contrôler des produits, par exemple, aux normes européennes certifiées…). Dans le même temps, on laisse entrer des produits sans étiquettes rédigées en malgache ou français, comme l’y oblige la législation. Aucun contrôle n’est exercé sur quantités de produits, dépourvus de dates de péremption, qui tuent “à petit feu” l’industrie locale. En fin d’année dernière, il n’était question que de fermetures d’entreprises agro-industrielles sous couvert de non-respect du décret MECIE (Mise en Conformité des Investissements avec l’Environnement). On aurait aimé que ceux qui pillent impunément le pays de ses essences rares aient été également mis en conformité avec les règles élémentaires de respect de l’environnement… L’administration serait plus efficace à encadrer la recherche et le développement mais aussi à procurer aux investisseurs potentiels dans les secteurs agricole et agro-industriel, les techniciens et ingénieurs dont ils auraient besoin pour les accompagner. La nouvelle loi alimentaire sortie en 2017 et à laquelle le secteur privé n’a pas été associé, inquiète également au plus haut point ces derniers au regard des complications administratives (contrôles) envisagées.

L’hypothétique «grenier de l’Océan Indien»

Si Madagascar parvenait à couvrir 25% des besoins des pays de la COI (Commission de l’Océan Indien) en produits agricoles et agroalimentaires, il pourrait être envisagé de doubler le PIB du pays en trois ans ! Les besoins des îles voisines sont immenses et les terres agricoles, encore disponibles à Madagascar, se chiffrent en millions d’hectares. Les complémentarités sont évidentes mais les îles de l’océan Indien ont-elles envie d’assister à l’émergence de l’agro-industrie malgache ? N’est-il pas plus confortable et rémunérateur d’importer du nord (de France notamment) des produits «aux normes» distribués selon des circuits commerciaux maîtrisés ? L’intégration économique régionale n’est souvent qu’un leurre qui alimente les discours politiques sans lendemains. D’autre part, à Madagascar, souhaite-ton réellement l’émancipation du monde rural ? Va-t-on réduire le poids exagéré des collecteurs ou autres intermédiaires (souvent des potentats et politiques locaux) qui contrôlent les filières d’approvisionnement en produits agricoles ?
Quelques belles unités agro-industrielles jalonnent le pays et démontrent que lorsque la volonté et les compétences sont réunies, il est possible pour les industriels, principalement en contractant avec le monde rural (appuis technique et financier, fourniture de matériels…) de transformer en quantité et qualité. Il n’en demeure pas moins vrai qu’un rapprochement massif entre producteurs agricoles et industriels doit être envisagé. Les plus hautes autorités de l’État ayant récemment, à l’occasion de la Foire Internationale de l’Agriculture (FIA 2017) en septembre dernier, affirmé la priorité donnée désormais au développement de l’agrobusiness sous toutes ses formes, tous les espoirs demeurent permis de voir se lever les contraintes et ainsi d’assister à la transformation d’opportunités insoupçonnées en véritables richesses.

Source : Mémento “Spécial Madagascar” février 2018

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