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Immobilier et BTP : des secteurs qui demeurent “en pointe”

Au sein de la micro-économie malgache, l’immobilier, le bâtiment et les travaux publics pèsent de tout leur poids. Si les origines des fonds qui alimentent quelques programmes privés ne sont pas toujours «avouables», il n’en demeure pas moins vrai que les activités concernées tirent vers le haut une économie moribonde. Reste à faire profiter le plus grand nombre, à travers la réalisation de logements sociaux, de cet essor. Sous peine de tensions sociales qui ruineraient l’avenir de ces secteurs prospères.

L’Agence Nationale pour le Logement et l’Habitat estime à plus de 100.000 logements le besoin sur le seul “Grand Tana” (la capitale, Antananarivo et ses environs qui accueillent près de 3 millions d’habitants). Quelques programmes de logements intermédiaires (entre 15.000 et 35.000€) qui s’adresseraient à une classe moyenne, se développent. Beaucoup restent au stade de projet à cause du problème récurrent majeur du pays : l’insécurité foncière. Depuis des lustres, il n’existe plus vraiment de cadastre et l’État lui-même ne connaît pas exactement son patrimoine domanial. Dans ce contexte anarchique, quelques promoteurs immobiliers arrivent néanmoins à garantir des terrains sécurisés au sein, notamment, de lotissements qui fleurissent aux alentours de la capitale et de quelques grandes villes de provinces. Quelques banques commerciales commencent, en parallèle, à proposer des crédits immobiliers qui concernent surtout les fonctionnaires. Le recours de l’État demeure incontournable cependant
si l’on veut véritablement “booster” les réalisations. Dans le cadre actuel des finances publiques, pas grand-chose à attendre alors que la demande de logements décents, sur l’ensemble du pays, s’élève à plus d’un million par an.

Le BTP en net recul par rapport à 2008.

Les secteurs bâtiment et travaux publics n’arrivent que difficilement à se remettre de la crise politique de 2009. Avec l’arrivée au pouvoir en 2014 de l’actuel président, Hery Rajaonarimampianina, et un ordre constitutionnel apparent, l’on pouvait s’attendre à l’appui des bailleurs de fonds internationaux et à la relance des grands plans d’équipement et de rénovation des infrastructures. Les tensions politiques et sociales, le refus des dirigeants du pays de respecter quelques incontournables conditionnalités (lutte efficace contre la corruption, arrêt des subventions aux entreprises d’État déficitaires telles la Jirama…) repoussent aux calendes grecques le déblocage des fonds. Des milliers de PME du BTP ont disparu depuis 2008. Le volume
d’activité dans le BTP ne représente plus que 40% de ce qu’il était avant la dernière crise politique. La reprise des financements extérieurs est pourtant essentielle à l’avenir du pays car, là aussi, les besoins sont immenses. Des ponts s’effondrent, des pistes d’aéroports sont devenues impraticables tout comme les routes qui se dégradent à une vitesse vertigineuse ce qui entraîne l’enclavement total de certaines régions. Il est fort à craindre qu’a moins d’un an des prochaines présidentielles, les grands argentiers jugent urgent… d’attendre avant de débloquer les aides financières tant espérées. L’État, encore une fois, n’ayant pas les moyens d’assurer ces investissements.

L’immobilier de luxe se porte au mieux.

Sans vouloir s’étaler sur le blanchiment d’argent procuré par les trafics nombreux et variés, force est de reconnaître qu’une partie de ces ressources sont «recyclées» dans des programmes immobiliers de haut standing particulièrement à Antananarivo. Ainsi tous les commerçants qui proposent les plus grandes marques d’équipements mobiliers et immobiliers prospèrent. Et même si la concurrence des produits contrefaits ou celle
des importateurs véreux (sousfacturations plus que répandues) leur portent préjudices. Il est remarquable de constater que les normes internationales les plus élevées, que ce soit dans la construction ou dans les produits connexes, sont devenues courantes. Il convient malheureusement de mettre un bémol à ce tableau qui semblerait idyllique en signalant l’anarchie qui règne au niveau de l’aménagement du territoire, principalement urbain et tananarivien. Les zones résidentielles périphériques se développent sans que les infrastructures routières et les espaces réservés aux commerces et services soient prévus. Il faut rappeler que près des 2/3 de l’habitat ne respectent pas les règles de construction et de planification. La capitale saturée, désorganisée, polluée et qui devient de plus en plus insécurisée risque de décourager bon nombre d’acheteurs potentiels.
Même si les secteurs de l’immobilier et du BTP sont victimes des maux du pays, ils continuent, peu ou prou, de prospérer. Ils ne sont plus très nombreux les secteurs d’activités économiques formels du pays qui peuvent prétendre suivre le même chemin…

Source : Mémento “Spécial Madagascar” février 2018

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