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Mines: des secteurs partagés entre gabegie et incohérences

À Madagascar, lorsqu’on évoque l’énergie, il est fait immédiatement référence à la JIRAMA (société d’État qui distribue l’électricité et l’eau) dont les difficultés paralysent le pays. Si l’on songe au colossal potentiel minier, il faut préciser que tous les permis miniers sont bloqués depuis des années. En ce qui concerne le pétrole, c’est la société Madagascar Oil qui occupe le devant de la scène avec des produits de qualité… qui ne peuvent être évacués.

Madagascar Oil s.a (MOSA) a annoncé en septembre dernier qu’elle espérait pouvoir reprendre ses activités d’extraction d’huile lourde dans le moyen-ouest (gisement de Tsimiroro) après des années de difficultés qui tiennent essentiellement au fait que la compagnie ne peut évacuer ses stocks faute d’infrastructures routières (360km d’Antananarivo). Une fois de plus, l’État est déficient mais continue d’annoncer pour un hypothétique futur la mise en place d’un terminal pétrolier à Maintirano (côte ouest).

Le lobby des fournisseurs d’hydrocarbures à la JIRAMA, notoirement surfacturés, ne manqueront pas de retarder au maximum la construction d’infrastructures qui permettraient à la MOSA d’alimenter la JIRAMA (contrat d’approvisionnement déjà signé correspondant à 80% de la production de MOSA). Le représentant du groupe indonésien Benchmark, principal actionnaire de Madagascar Oil s.a, insiste sur le fait que le carburant produit à Madagascar, doté d’une faible teneur en soufre, est très demandé sur le marché international.

LA SITUATION DE LA JIRAMA DEMEURE PRÉOCCUPANTE

Comme il vient d’être évoqué, la JIRAMA est contrainte pour d’évidents conflits d’intérêts à connotation politique d’acquérir au prix fort des hydrocarbures pour ses centrales thermiques. L’approvisionnement en produits de la MOSA aurait permis d’économiser 25% sur le montant de ses factures et donc de limiter considérablement le montant des subventions que l’État est contraint de verser dans ses caisses. Ces subventions, en légère baisse, ont néanmoins représenté en 2018 sensiblement les budgets de la santé et de l’éducation cumulés (environ 154.000€ par jour prévus dans le budget 2019). Il semblerait que les renégociations des anciens contrats d’approvisionnement ont été closes en fin d’année et que de nouveaux appels d’offres vont être lancés. Ne peut-on craindre que ce soit les mêmes fournisseurs (fournisseurs également de capitaux durant  la campagne électorale) qui les remportent? Il sera toujours temps de contester alors la qualité des produits de la MOSA qui, de toutes façons, ne pourront toujours pas être évacués (160.000 barils d’huile lourde en stock ne peuvent être acheminés à l’extérieur du site depuis des années).

Les capacités de la JIRAMA sont de l’ordre de 350MW (450MW avec l’apport des privés). La demande du pays devrait facilement dépasser les 600MW. Pour l’heure la JIRAMA continue de vendre à perte (35% des factures ne sont jamais payées) bien que les vols semblent être moins importants : ils représentaient 20% des pertes qualifiées de “non techniques”. Le taux de croissance du parc d’abonnés reste inférieur au taux de croissance démographique. Les énergies renouvelables, dont le “très tendance” solaire, si elles permettent à très court terme d’approvisionner en électricité des villages enclavés, ne permettront pas de pallier toutes les déficiences de la compagnie nationale sur l’ensemble du pays.

LE SECTEUR MINIER EN SITUATION DE BLOCAGE

Depuis 2010, aucun permis minier n’a été officiellement octroyé. Le code minier est en totale refonte. Le nouveau code vise à ajuster le prix des redevances, à réduire considérablement les intermédiaires spéculateurs (90% des permis ne sont pas exploités et ne font que l’objet que de transactions spéculatives) et, enfin, à obtenir une meilleure répartition des recettes entre les trois entités impliquées dans le secteur : le Bureau du Cadastre Minier de Madagascar (BCMM), le Ministère des Mines et du Pétrole ainsi que les services géologiques. Ces derniers, dépourvus de moyens, ne peuvent plus fournir les renseignements élémentaires sur les gisements potentiels (qualité, quantité, localisation exacte des substances…).

La transition énergétique demeure au coeur de toutes les préoccupations bien que ce soit, surtout, de nouvelles centrales thermiques qui aient vu le jour ces dernières années. Madagascar doit se décider à mieux rentabiliser son énorme potentiel hydroélectrique représentant 7.800MW dont 94% reste inexploité. Les secteurs de l’énergie, des mines et du pétrole qui dépendent entièrement de la volonté de l’État d’assurer leur développement, espèrent que la mauvaise gouvernance qui prévaut atteindra, un jour prochain, son terme.

Quelques chiffres:

  • 1 million de mètre cube de carburants consommés par an (140e rang mondial)
  • 5% de la population rurale a accès à l’électricité
  • 1er produit d’exportation pour le nickel

Mémento “Spécial Madagascar” janvier 2019 – disponible en kiosques et librairies.

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