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Des millions de cultures en jachère

Moins de 10% des terres qui pourraient être cultivées, et qui le furent jusqu’au milieu des années 70, sont exploitées. La mise en valeur de quelques dizaines de millions d’hectares qui sont actuellement en jachère, se heurte néanmoins à une multitude de difficultés.

Il faut d’abord relever que les sols malgaches qui ont été lessivés par les pluies, et rarement amendés, se sont considérablement appauvris. Ils ont vu leur couche fertile emportée vers la mer au cours des cinq dernières décennies. Sur des terres où l’on cultivait du tabac pour l’exportation, où l’on élevait des chèvres angora pour une laine réputée, où l’on exploitait rationnellement des forêts, il ne pourra jamais plus s’imposer que la misère et la désolation.

DES SOLUTIONS DANS L’ATTENTE DE L’OUVERTURE DE CENTRES DE FORMATION

Pour utiliser les sols qui demeurent cultivables, il faudrait des paysans bien formés. Les 2/3 des ruraux sont illettrés. Il faudra donc, avant de créer des centres de formation professionnelle aux métiers de l’agriculture et de l’élevage ouvrir… des écoles primaires par milliers. Dans cette attente, les solutions résident dans l’octroi (sous forme de baux emphytéotiques) de terrains à des investisseurs locaux ou étrangers. Dans ce dernier cas, on se heurte à la culture locale. Difficile de voir les terres rentabilisées par des étrangers qui formeraient pourtant le paysannat malgache. Dans le même esprit, la production agricole contractuelle démontre, d’ores et déjà, son efficacité. Le groupe Bazan fait travailler des dizaines de milliers de paysans et exporte ses haricots verts extra-fins. Sur le même modèle, Socolait et la filière laitière ou Imperial Tobacco pour le tabac démontrent qu’encadrée par des professionnels, l’agriculture malgache aurait encore de beaux jours devant elle.

L’INSÉCURITÉ, PHYSIQUE ET FONCIÈRE, CONSTITUE UN OBSTACLE MAJEUR

Il est dans ce contexte difficile de faire appliquer des techniques culturales modernes. Le paysannat se référant sans cesse aux méthodes traditionnelles. Le pays manque également de semences de qualité. Les paysans réensemencent à partir d’une partie de la récolte. Le patrimoine génétique s’épuise au fi l des ans…

On pourrait évoquer l’état des infrastructures délabrées. Le réseau d’irrigation des plaines rizicoles qui entourent la capitale était en meilleur état au début du XIXème siècle qu’aujourd’hui. Les routes, mais surtout les pistes, ne permettent pas dans bon nombre de contrées d’évacuer les denrées agricoles qui pourrissent sur pied. Au-delà de tout cela persiste le problème majeur de l’insécurité physique, qui pousse les paysans à produire de moins en moins, et l’insécurité foncière : les paysans, dans l’immense majorité des cas, ne possèdent aucun titre de propriété des parcelles qu’ils exploitent. Ceci les paralyse dans l’accès au financement et ne les incite guère à investir dans des engrais ou du matériel.

UN AFFLIGEANT MANQUE DE VOLONTÉ POLITIQUE

Le paysannat malgache se débat ainsi sur des “exploitations” d’une surface moyenne inférieure à 1 ha. Difficile dans ces conditions d’imaginer que l’on puisse voir des tracteurs ou autres moissonneuses batteuses œuvrer dans les campagnes. De fait, le seul outil aratoire à la disposition des paysans est l’angady. Cette étroite bêche que les Égyptiens ont abandonnée il y a 5.000 ans au profit de l’araire. Ne craignons pas d’écrire à nouveau que la véritable révolution technologique dans le pays ne sera pas le passage à la 5G mais bien à la charrue.

Il y a une évidente volonté politique de freiner le développement de l’agriculture. Craint-on l’émancipation des campagnes? Subit-on la pression des richissimes importateurs qui verraient leur juteux commerce anéanti si l’autosuffisance alimentaire était assurée dans le pays ? Toujours est-il que, par exemple, les engrais continuent d’être lourdement taxés alors qu’ils sont subventionnés dans la quasi-totalité des pays de l’Afrique subsaharienne. Le budget de l’agriculture devrait être de 10% du budget de l’État. Il n’a jamais dépassé les 4% et est régulièrement revu à la baisse ces dernières années.

Nul ne s’étonnera que durant le dernier quinquennat, alors que le pays a connu un taux de croissance, modeste mais soutenu, celui du monde rural se soit contracté. Il y a fort à parier que, longtemps encore, des millions d’hectares demeureront en jachère.

Quelques chiffres:

  • 29% du PIB
  • 12 millions d’actifs
  • 82% de la population rurale vit avec moins de 1.25 USD par jour

Mémento “Spécial Madagascar” janvier 2019 – disponible en kiosques et librairies.

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