Home » Actus Madagascar » Dans l’attente d’une loi

Dans l’attente d’une loi

Le secteur secondaire malgache attend désespérément que la Loi sur le Développement Industriel de Madagascar (LDIM) puisse être assortie de ses décrets d’application afi n que les industries du pays aient quelques espoirs de retrouver un élan. Ceci étant, les réalités au sein du secteur sont très disparates.

La LDIM permettrait de mettre en place des outils d’accompagnement du secteur tel que le fonds national et l’agence nationale du développement industriel mais aussi de possibles zones industrielles, assorties de quelques avantages fiscaux, sur lesquels les avis sont très partagés. Les industriels défendent logiquement le fait que des conditions fiscales avantageuses les inciteraient, ainsi que de nouveaux investisseurs, à développer leurs affaires. Les Partenaires Techniques et Financiers avançant que l’efficacité économique de telles zones est loin d’être avérée et qu’elles sont, en outre, particulièrement
propices aux détournements de fonds mais aussi aux pertes de recettes publiques en tout genre. Il est indéniable cependant que la création du statut franc avait permis de créer jusqu’à 100.000 postes sur le seul bassin d’emploi d’Antananarivo.

LES ZONES FRANCHES ET… LES AUTRES
Les industriels qui bénéficient des avantages fiscaux liés au statut franc se portent bien. Il faut préciser qu’il s’agit essentiellement d’entreprises textiles qui sont installées à Madagascar pour bénéficier de la loi américaine AGOA (African Growth and Opportunity Act) ou autres Accords de Partenariat Économique avec l’Union Européenne. On connaît leur volatilité. A la moindre crise, les machines à coudre sont ré-embarquées vers le Pakistan ou l’Éthiopie. Les industriels relèvent la faible productivité de la main d’oeuvre malgache, pourtant fort habile, de l’insécurité, du racket fiscal ou bien encore de l’énergie qui reste à un coût prohibitif. Il est bon de rappeler que des infrastructures de qualité et un climat des affaires sain sont bien plus importants pour attirer des investisseurs que de simples avantages fiscaux.

L’AGROALIMENTAIRE, SOUS-SECTEUR CLÉ, EN GRANDE DIFFICULTÉ
Le potentiel agricole du pays est si important que tout naturellement la transformation de ses produits devrait tirer vers le haut l’ensemble du secteur. Malheureusement les différentes formes d’insécurité ou le manque de formation du paysannat ainsi que l’absence de visions politiques cohérentes limitent considérablement la production agricole et donc le développement du secteur industriel agro alimentaire.

Les industriels se plaignent de produits dont l’approvisionnement est irrégulier et la qualité en constante baisse. Lors d’une table ronde économique organisée par l’Union Européenne, Frédéric Schaffner, dirigeant de l’entreprise agroalimentaire “Les fruits de Madagascar” à Nosy be avait pu détailler tous les atouts garants d’une réussite de son entreprise mais aussi toutes les déficiences du pays qui l’amènent à connaître les pires difficultés. La demande internationale est pourtant importante de la part d’industriels
européens ou fournisseurs de la restauration et GMS pour les produits élaborés dans l’île aux parfums qui sont dotés de qualités organoleptiques exceptionnelles et pouvant aisément être qualifiés de “bio” : morceaux de fruits, pulpe de citron vert, carpaccio d’ananas brochettes de mangue… Les yaourts Andros aux morceaux de mangue de Diego ont été ainsi élus “Produit de l’année 2018”.

L’INSURMONTABLE DÉFICIENCE DES INFRASTRUCTURES
Les faibles quantités transformées constituent un autre handicap. Dans la région, des dizaines de milliers de tonnes de mangue pourrissent aux pieds des arbres faute de pouvoir être acheminées compte-tenu de l’état des pistes. Les vergers n’existent pas et tous les fruits sont le résultat de collectes
sur d’immenses périmètres. Les coûts logistiques sont ainsi énormes ainsi que la perte de matières premières. En outre, le poids des intermédiaires est exagéré, le coût de l’énergie devient insupportable (0,39 euros du Kwh), les aménagements portuaires sont tels qu’il est impossible de charger les containers 40 pieds. Les liaisons maritimes sont d’ailleurs très irrégulières et les surestaries s’accumulent… Mille bonnes raisons de perdre de l’argent avec des produits de qualité qui devraient assurer, à eux seuls, le développement du pays.

L’exemple édifiant de l’entreprise “Les Fruits de Madagascar” est symptomatique des difficultés que traverse l’industrie malgache. Le pays est totalement sous-équipé désormais afin de pouvoir prétendre à l’épanouissement du secteur secondaire et il y a fort à craindre que ce ne soit pas la seule LDIM qui puisse résoudre tous les problèmes dont ceux liés à la concurrence déloyale des produits importés massivement.

Quelques chiffres:

  • 29% des exportations sont des produits manufacturés (dont 20% textile et vêtements)
  • l’industrie représente 25% du PIB

Mémento “Spécial Madagascar” janvier 2019 – disponible en kiosques et librairies.

Check Also

BMOI : renouvellement de la certification ISO 9001:2015

La Banque malgache de l’Océan Indien (BMOI) s’est fait renouveler sa certification pour toutes ses …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *