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Croissance sans développement

Globalement, selon la note de conjoncture économique de la Banque Mondiale du mois de juillet, l’économie malgache se porte bien. Toutefois, malgré des chiffres positifs et une perspective relativement prometteuse, cette croissance manque d’inclusivité : le développement n’est pas encore vraiment effectif.

 

La croissance économique a constamment été au rendez-vous de 2013 (2,3%) à 2017 (4,2%). Elle devrait s’établir à 5% en 2018 et à 5,4% en 2019. Le dernier rapport semestriel de la Banque Mondiale, intitulé « Évolutions économiques récentes – favoriser l’inclusion financière » qualifie cette performance macroéconomique malgache de « robuste ». Selon ce document, le secteur tertiaire est le principal levier de cette croissance : celle des services est estimée, par exemple, à 5,4% en 2018. « Dans ce secteur, le commerce a été dynamique avec une progression de 4,1% en 2017 qui devrait se poursuivre en 2018 pour atteindre 4,5% », précise cette note de la Banque Mondiale.

Pour le moyen terme, la Banque Mondiale note que l’incidence de pauvreté, dont le seuil est fixé à 1,90 dollar par jour et par individu, devrait baisser de 75% à 73 % entre 2018 et 2020. Le document suggère aussi que la politique monétaire devrait rester axée sur le contrôle de l’inflation estimée à 6,4% en 2019 et entre 5,4 et 6,0% en moyenne entre 2020 et 2022. « À moyen terme, les dépenses publiques devraient aussi rester stables, avec toutefois une évolution vers une réduction de la part des dépenses courantes et une augmentation des dépenses d’investissement », lit-on dans ce rapport.

Contraction du secteur agricole

« Même si la croissance est importante, elle doit être inclusive pour avoir un impact sur la réduction de la pauvreté, et doit reposer sur des institutions publiques solides », souligne Coralie Gevers, responsable des opérations de la Banque Mondiale à Madagascar. En effet, à titre d’exemple, il semble que ces chiffres « robustes » n’aient pas de répercussions palpables sur les conditions de vie des 80% de la population, vivant des activités agricoles. Le secteur agricole est à la traine et peine à se développer malgré l’importante augmentation des prix de la vanille qui a stimulé les recettes d’exportation en 2017 et qui a permis à la Banque Centrale d’accumuler plus de réserves de change que prévu. Il est à souligner que, entre 2014 et 2017, le secteur agricole s’est contracté en moyenne de 0,8% par an. Il s’est même contracté de 6,6% en 2017 à cause de la réduction de 20% de la production rizicole, suite aux intempéries et à la sècheresse.

Toujours selon ce rapport de la Banque Mondiale, « cette difficulté du secteur agricole à enregistrer une croissance s’explique notamment par la faible productivité agricole, due à une utilisation insuffisante des techniques modernes, au manque de connectivité entre les marchés, pour faciliter le transport des marchandises et à des conditions climatiques très fluctuantes. En dehors des travaux agricoles, les ménages ruraux ont peu d’activités alternatives, susceptibles de générer des revenus suffisants pour atténuer l’impact des mauvaises récoltes et des chocs météorologiques. »

L’inclusion financière à prioriser

Le document consacre un dossier spécial à l’inclusion financière. En Afrique, Madagascar demeure en queue de peloton quant au niveau de pénétration des banques malgré le fait que le nombre d’adultes malgaches ayant un compte auprès d’une institution financière ou d’un service d’argent mobile à Madagascar ait doublé au cours des trois dernières années. Les chiffres étaient de 9% en 2014 et de 18% en 2017. « Bien inférieurs à la moyenne de l’Afrique subsaharienne qui est de 43% », note le rapport. Ainsi, la Banque Mondiale lance un appel à l’endroit de l’Etat afin de trouver des moyens d’accroitre le taux de bancarisation pour permettre aux individus d’épargner et d’effectuer des paiements plus sûrs et surtout, de leur donner l’opportunité d’accès au crédit pour démarrer ou développer une activité. Le “risque pays” oblige cependant les banques implantées à Madagascar à pratiquer des taux d’intérêt qui demeurent élevés.

Notons que toutes ces prévisions de la Banque Mondiale ne tiennent que peu compte de l’agitation politique et des risques majeurs de crise qui pourraient accompagner ou suivre l’élection présidentielle.

Solofo Ranaivo

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