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Un dernier mot : ne pas confondre croissance et développement

En parcourant ce “Spécial Madagascar”, en lisant les différents commentaires, vous aurez pu noter quelques dissonances voire contradictions dans les analyses. Vous aurez ainsi pu relever les paradoxes du pays. Une économie qui, à l’aune de ses équilibres macro et micro économiques, ne se porte pas si mal et des indicateurs sociaux qui tous, sans exceptions, ne cessent de se dégrader. L’immense majorité de la population malgache ne profite en rien de la petite croissance économique que l’on peut observer essentiellement au sein d’enclaves de prospérité relative constituées par quelques grandes villes. Villes au sein desquelles des entreprises avouent des taux de croissance à deux chiffres dans le même temps où le taux de malnutrition infantile chronique ne cesse de s’accroître.

Le développement à plusieurs vitesses n’augure rien de bon pour le pays. Des millions de Malgaches n’attendent plus rien de l’État et n’auront rien à perdre lorsqu’il s’agira de répondre à l’appel de quelques sirènes malfaisantes.

Le pays devient effectivement perméable à toutes les influences les plus néfastes. Celles notamment des sectes, depuis des décennies (sectes “officielles” comprises comme les principales églises chrétiennes qui concourent largement au sousdéveloppement) ou plus récemment celle de l’islam. Mosquées et leurs écoles coraniques apparaissent dans le paysage. Des jeunes filles commencent à adopter le tchador ou autre burqa. Demain, des jeunes garçons enfileront des treillis et arboreront fièrement leurs armes en bandoulière. Ils regarderont leurs anciens camarades de jeu comme des mécréants à combattre. Nombreux sont les interlocuteurs qui nous ont confié leur inquiétude face à la montée de ce phénomène et qui s’alarment que l’État ne puisse empêcher que l’on achète impunément des enfants malgaches pour les endoctriner.

Ceux qui observent Madagascar de l’extérieur ou qui l’accompagnent, doivent réagir. Compte-tenu des caractéristiques de la culture locale qui privilégie la suspicion et la jalousie, le grand sursaut national ne pourra s’effectuer que sous le joug, le mot n’est pas trop fort, de la communauté internationale. La même communauté qui menace les belligérants (là aussi le vocable est conforme aux réalités) qui s’apprêtent à en découdre lors des élections présidentielles qui se profilent, de la saisie de leurs avoirs illégaux à l’étranger et ce dans l’hypothèse où ils seraient tentés d’engendrer une nouvelle crise.

La communauté internationale doit s’engager plus massivement (ou se démettre définitivement) sous peine d’être accusée de “non-assistance à population en danger”. La paix sociale, ainsi que l’avenir de l’économie malgache et de l’ensemble de la population, est à ce prix.

Pour l’heure, et vous l’aurez noté à travers les propos de quelques interviewés, le secteur privé est le seul garant de la stabilité sociale en même temps que le moteur de l’économie. Le seul interlocuteur fiable aux yeux des bailleurs. Le secteur privé forme, éduque, nourrit et soigne, comblant ainsi les énormes déficiences de l’État. Les pouvoirs publics se contentant, au mieux, d’encadrer. Ce constat explique que les chefs d’entreprises vivent mal d’être considérés comme la “cinquième roue du carrosse”. Prône-t-on le dialogue public-privé que celui-ci n’est souvent qu’un leurre. Le climat des affaires, le climat des relations entre tous les acteurs sociaux, est malsain. Accolades et sourires de façade ne trompent plus personne et ce d’autant plus que de nombreux chefs d’entreprises évoquent l’insécurité grandissante qui prévaut dans le pays. Des bandes de malfrats se sont, en effet, spécialisées dans le kidnapping. Qui finance, entraîne, arme et ne punit jamais les principaux commanditaires de ces exactions ? Les victimes ont souvent refusé de se soumettre à des rackets : exercés par qui ? Pourquoi ? A la veille de grandes échéances électorales, les réponses se profilent…

Peut-on, au regard de ces menaces qui se font jour, imaginer que la faible croissance annoncée pour cette année puisse être synonyme de développement ? D’un véritable développement qui aurait des répercussions concrètes jusqu’au plus profond des contrées les plus enclavées ? Il est à craindre que les réseaux mafieux, (y compris ceux, sous couvert d’évangélisation au sens œcuménique du terme), ou autres menaces politico-crapuleuses continuent de tenir le haut du pavé.

L’on continuera d’assister, alors, à la prospérité de quelques entreprises (souhaitons-le ardemment) mais, en parallèle, à la paupérisation rampante du pays.

Source : Mémento « Spécial Madagascar » février 2018

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