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L’intégration économique continentale divise l’opinion

En mars dernier, à l’occasion du sommet extraordinaire de l’Union Africaine , 44 pays ont ratifié l’accord sur la Zone de Libre-Echange Continentale (ZLEC). Ce texte sera présenté à la prochaine session parlementaire malgache pour être débattu par les élus des deux chambres. Une conférence organisée par la fondation Friedrich Ebert Stiftung s’est tenue au Carlton à Anosy début juin afin d’informer les parlementaires, mais aussi  les responsables d’institutions publiques, industriels, opérateurs économiques, syndicats et  étudiants de ce brûlant sujet.

« La ZLEC est l’avenir pour l’Afrique et tous les États membres », a martelé le Dr. René Kouassi, Directeur des affaires économiques de la commission de l’ Union Africaine , lors de la présentation au Carlton à Anosy, en accord avec le Pr. Victor Harison, Commissaire chargé des affaires économiques de l’Union Africaine. Cette zone de libre-échange contribuera à transformer les 44 économies africaines indépendantes en un grand marché plus cohérent et surtout à mieux intégrer le marché mondial . Actuellement, le commerce intra-africain représente 15% du commerce total du continent, contre 19% en Amérique latine, 51% en Asie, 54% en Amérique du Nord et 70% en Europe pour chacune des communautés économiques concernant ces continents.  « Il faut ainsi le reconnaître, nous ne commerçons pas entre Africains. Nous préférons acheter ailleurs, en Asie par exemple, des produits que nos pays voisins produisent. C’est désolant », lance Andry Ravalomanda, du Ministère du Commerce et de la Consommation.

Les chefs d’États qui ont signé cet accord restent persuadés que, dorénavant, aucun pays, aussi grandes soient ses ressources, ne pourra s’en sortir seul sans intégrer une communauté économique comme la ZLEC. En effet, la Zone de Libre-Echange économique Continentale conférera aux pays membres l’appartenance à une seule et grande Nation où les habitants et surtout les hommes d’affaires (avec leurs investissements) pourront circuler librement. « C’est une opportunité à saisir. Nous pourrons commercer librement avec les autres pays membres. Les droits de douane et autres taxes à payer seront préférentiels. Nous aurons accès aux institutions financières africaines, aux différentes infrastructures des pays membres mais également à leurs universités », note Andry Ravalomanda. Il ajoute que si la balance commerciale malgache est déficitaire, c’est surtout à cause de nos échanges avec l’Asie et principalement la Chine et la Thaïlande. « L’Afrique est un marché d’opportunités pour Madagascar », soutient avec conviction le Pr. Victor Harison.

« Nous ne devons pas nous précipiter »

Malgré les nombreux arguments démontrant que Madagascar ne peut  rater cette « révolution 4.0 », comme des experts économiques la dénomment, nombreux sont ceux qui restent circonspects. Selon eux, les puissances africaines ne peuvent être prises comme modèles sachant que les environnements des affaires sont parfois très différents. « La Grande-île n’est pas encore prête à participer à cette intégration. Nous ne sommes pas encore assez forts pour affronter et faire face aux différentes pressions que les autres États membres vont exercer sur nous », note Erick Rajaonary, Président du Fiv.Mpa.Ma, groupement du patronat malagasy . Une opinion que Freddie Mahazoasy, Vice-président de l’Assemblée Nationale, partage. Selon eux, avant d’adhérer, Madagascar aurait encore besoin de régler un certain nombre de problèmes nationaux. Le niveau de corruption ou l’instabilité de notre monnaie (dépréciation de 15% en une année) ne sont que des exemples. « La quasi-totalité des entreprises malgaches sont des PME et PMI qui ne feront pas le poids face aux grandes firmes africaines qui vont se bousculer pour s’installer chez nous. Il est difficile de croire que nos PME-PMI investiront dans les autres pays », regrette le président du Fiv.Mpa.Ma et fervent promoteur du « Vita malagasy ». Les taux de crédit proposés par les banques malgaches, parmi les plus élevés au monde, constituent un blocage qui empêche nos « petits » entrepreneurs à se mettre au niveau de ces grands concurrents. « Cette intégration va tuer notre secteur privé », prévient le Président du groupement du patronat malagasy.

Intégration et protectionnisme déguisé

Madagascar présente une balance commerciale largement déficitaire. « Je n’ai jamais réussi à vendre un seul kilo de mon produit au Rwanda. Je ne suis pas sûr que beaucoup de produits malgaches s’exportent en Afrique », lance Erick Rajaonary, qui est aussi patron de Guanomad. « Plus encore, ce que nous exportons sont des produits bruts, sans valeur ajoutée ». Le Président du Fiv.Mpa.Ma craint que les autres pays membres imposent des normes que Madagascar ne remplirait pas. « Du protectionnisme déguisé. En effet, on nous promet une union, un développement collectif mais il ne faut pas être dupe. Dans une intégration, le chacun pour soi demeure toujours. Chaque pays essaie d’en tirer le maximum de bénéfice au détriment des autres », regrette Freddie Mahazoasy. Ce dernier a déjà annoncé qu’avec d’autres parlementaires, ils essaieront de repousser l’adoption de ce texte, sachant qu’aucun amendement ne peut être effectué quand il s’agit de ratifier un accord international.

Le Pr. Victor Harison soulignant, quant à lui, que « pour protéger notre économie nationale, il faut, non du protectionnisme, mais de la compétitivité ». L’intégration de Madagascar à la ZLEC pourrait l’aider à s’industrialiser afin de pouvoir rivaliser avec les autres États membres. Le Professeur ajoute qu’il ne faut pas se focaliser sur les conséquences négatives à court terme, tels les droits de douane qui seront moins perçus, mais aux grands bénéfices qui reviendront au pays à moyen terme. Le coût de l’intégration est, d’après cet expert économique, moins élevé que le coût de la non-intégration.

Solofo Ranaivo

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