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Exportations : la faiblesse du dollar fragilise les entreprises

Exportations : la faiblesse du dollar fragilise les entreprises

La chute du billet vert enclenchée ces derniers moins fragilise les entreprises exportant sur le marché américain et menacerait à terme l’emploi dans cette filière du secteur industriel. La monnaie locale s’est appréciée de 12 % vis-à-vis de la devise américaine en six mois, cette dernière passant de Rs 38,80 en janvier à Rs 33,90 le 28 août. Cette situation inquiète la MEXA (Mauritius Exports Association), qui constate une baisse de compétitivité des produits textiles «Made in Mauritius». Sa directrice, Lilowtee Rajmun-Jooseery, tire la sonnette d’alarme. «Nous éprouvons des difficultés à attirer des commandes de l’étranger vu le taux de change de la roupie qui ne cesse de grimper face au dollar. Ce qui ne peut qu’influer négativement sur la capacité de production des entreprises dont les machines ne roulent pas à plein régime ou sont carrément inactives

C’est le cas de l’entreprise Avant (Mauritius) Ltd, située à Quatre-Bornes. Elle a dû licencier 129 employés, dont une quarantaine de travailleurs indiens, en raison d’une baisse drastique des commandes. «Si on ne trouve pas une solution face à la compétitivité de la roupie, d’autres entreprises pourront emboîter le pas d’Avant (Mauritius) Ltd. Car aujourd’hui ce sont les grosses unités qui assurent la survie de certaines usines de taille moyenne en sous-contractant une partie de leurs commandes», ajoute la directrice de la MEXA.

Chez le groupe Aquarelle, qui réalise une partie très importante de ses exportations en dollars, le CEO Éric Dorchies explique que la baisse de cette monnaie «a donc un impact direct et immédiat sur notre compétitivité et rentabilité avec l’impossibilité de répercuter ces coûts sur nos clients. Cette situation met donc de fait nos opérations sous pression».

Aujourd’hui, plus de 52 % des exportations sont libellées en dollars selon la MEXA, donc exposées aux risques du taux de change de la monnaie américaine. Quant aux exportations vers les États-Unis, elles représentent quelque 15,6 % de la valeur totale des exportations du pays, soit Rs 7 milliards. «Cette situation intervient à un moment difficile pour notre exportation déjà en baisse de 11 % de janvier à juin avec notamment l’impact du Brexit sur nos exportations en Grande-Bretagne et une reprise timide de l’économie sud-africaine», explique la directrice du MEXA.

Intervention de la bom

Il est vrai que ceux qui exportent en euros gagnent ces jours-ci Re 1,30 de plus sur cette devise, depuis le 30 décembre, mais on ne choisit pas toujours sa devise.

Une rencontre entre les représentants de l’Association des exportateurs et la direction de la Banque de Maurice pour trouver une issue favorable à cette problématique de la roupie n’a rien donné jusqu’ici. Pour preuve, l’intervention de la BoM sur le marché interbancaire pour racheter des dollars (91 millions uniquement pour le mois d’août) n’a pour autant pas entraîné une dépréciation de la roupie.

«Il faut savoir d’où proviennent ces billets verts et pourquoi il y a autant de liquidités au niveau dollar» s’interroge l’économiste Azad Jeetun. Et d’ajouter qu’il est évident, avec un dollar en chute libre, qie les détenteurs de billets verts vont changer de stratégie d’investissements pour prendre position en faveur de la roupie.

Certes, la dépréciation du billet vert n’est pas à mettre totalement sur le compte de facteurs internes, soutiennent des spécialistes financiers. L’économiste Éric Ng affirme qu’en dépit des déclarations officielles, l’incapacité de l’administration Trump à avancer sur la réforme fiscale promise lors de la campagne électorale de 2016 pèse sur le sentiment des opérateurs. Il cite des analystes américains qui prévoient une croissance à la baisse du produit intérieur brut (PIB) au 3e trimestre 2017 à 3,4 %. Même si la Bourse de New York est positive, sur le marché des changes on croit moins à l’effet Trump. Ainsi, l’euro qui se renforce aux dépens du dollar. D’autres économistes trouvent que l’insistance de Donald Trump à vouloir forcer la construction du mur avec le Mexique fait craindre un éclatement du plafond de la dette américaine, même si, dans la foulée, cette hypothèse paraît encore lointaine. Sans compter d’autres facteurs potentiellement défavorables au dollar, comme les dégâts massifs causés par l’ouragan Harvey au Texas et le tir d’un missile nord-coréen au-dessus du Japon cette semaine, qui vont relancer la pression sur le dollar. Jusqu’où ira cette dépréciation du dollar qui amène corollairement une appréciation de la roupie ? Les regards seront visiblement braqués sur la prochaine réunion du Monetary Policy Committee prévue le 6 septembre. La décision d’avoir recours au Key Repo Rate pour réduire le loyer de l’argent et provoquer subtilement une dépréciation de la roupie pourrait éventuellement être une option.

Entre les économistes monétaristes prônant une roupie forte et les exportateurs souhaitant une monnaie compétitive, c’est l’éternel débat. Coincés entre les deux : l’emploi et la balance des paiements …

Politique de change

Face à cette nouvelle configuration rendant les exportations peu compétitives, les compétiteurs de Maurice mettent le paquet pour prôner une politique de change favorable à leurs exportations. À l’instar du Sri Lanka qui a vu sa roupie déprécier de 5,8 % de juillet 2016 à juillet 2017 ; le dong vietnamien de 1,8 % ; le yuan chinois de 1,4 % ; le taka bangladais de 3,4 % et le dinar tunisien de 2,4 %. Seule exception, l’Inde, dont la roupie s’est appréciée de 4,1 % pendant la même période.

lexpress.mu

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