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Education et formation : les cerveaux en jachère

La formation dans son acceptation la plus générale, de l’éducation de base qui devrait être dispensée dès l’école maternelle aux formations professionnalisantes, présente un énorme déficit à Madagascar. Il ne faut guère se fier aux chiffres officiels. 75% des enfants seraient scolarisés mais la plupart le sont au sein d’établissements dépourvus de tous moyens pédagogiques et souvent sous l’autorité d’un instituteur… illettré !

Les entrepreneurs installés à Madagascar ont intégré dans leur «business model», la formation de leur personnel. L’État n’assumant plus que partiellement cette fonction régalienne prioritaire, ils doivent financer toutes les actions visant à améliorer la compétitivité de leurs collaborateurs. Ceci pèse, bien sûr, sur les résultats au même titre que d’autres postes qui devraient être à la charge de l’État : de la sécurité à l’approvisionnement en énergie.

La notion de productivité absente

Le poste formation pèse d’autant plus sur les entreprises que la «volatilité» de la main-d’œuvre est extrême. Par manque d’éducation, les employés n’appréhendent que rarement la notion de carrière ou de fidélité à une entreprise et cèdent aisément aux tentations d’un salaire légèrement meilleur ou simplement d’un emploi plus proche de chez eux. Ces derniers peuvent démissionner du jour au lendemain sans préavis. La justice, étant ce qu’elle est, donne régulièrement raison à un employé qui s’oppose à son entreprise (surtout si cette dernière est dirigée par des étrangers). Tous les centres de formation ou autres consultants œuvrant dans ce domaine, le confirment : les entreprises hésitent à envoyer se former leur personnel de peur que cet investissement profite… à la concurrence ! Le management interculturel prend, à Madagascar, tout son sens. La notion de famille se substitue très souvent à celle d’entreprise avec tout ce que cela recouvre d’absence de recherche systématique de la productivité. Lorsqu’un employé entre dans une entreprise, celle-ci remplace, pour tout ou partie, les parents. Enfant, lorsque celui-ci travaillait bien en classe ou au contraire était adepte de l’école buissonnière, l’assiette demeurait pleine de riz (aussi pleine que les autres, tout au moins) et aucunes sanctions n’étaient généralement appliquées (la fameuse «absence du père» qui explique de nombreux comportements malgaches). Allez faire comprendre à ces jeunes, la corrélation entre productivité et niveau de salaire… En outre, dans la Grande-île, la jalousie ayant tendance à régner en maître, qu’un employé se distingue de ses collègues et progresse dans la hiérarchie, il se verra rejeté. Pour une large majorité encore de malgaches, il convient de «ne pas faire de vagues» même au détriment de sa carrière ou d’une rémunération plus élevée.

Le niveau des formations faible

Tout cela évolue, certes très lentement, et de jeunes malgaches commencent à envisager de véritables plans de carrière. Le niveau de salaire n’étant pas toujours la motivation principale car le poids familial constitue un autre frein. Qu’un jeune soit doté d’un salaire décent et il verra alors une bonne partie de sa famille quémander sans cesse des aides, le contraignant à rester en «modèle survie». En règle générale, le niveau des études ou des formations sont très en-deçà de leur équivalent dans l’hémisphère Nord. Difficile de faire comprendre à un jeune diplômé, qui a vu ses parents «se saigner» pour lui payer des études supérieures, qu’il va devoir démarrer au bas de l’échelle : faute d’expérience, certes, mais aussi d’une formation en adéquation avec les besoins de l’entreprise. Un diplômé en cuisine de l’Institut National du Tourisme et de l’Hôtellerie aura ainsi du mal à commencer sa carrière à l’épluchure des légumes voire à la plonge. Et pourtant… Depuis quelque temps, l’État essaie de mettre bon ordre au sein de tous les centres de formations et instituts dits «supérieurs» dont bon nombre ne sont que des pièges et escroqueries pédagogiques. Si l’État n’avait, de longue date, baissé les bras l’on n’aurait jamais pu assister à l’émergence de cette anarchie qui contraint ce pays à sous-exploiter la plus grande des richesses que sont, depuis la nuit des temps, les hommes. A moins qu’il y ait une volonté délibérée de favoriser l’ascension sociale des fils et filles de nantis qui eux vont poursuivre leurs études… à l’étranger…

Quelles que soient les contraintes culturelles liées au niveau de développement du pays, force est de constater que la qualité des formations, au sens large, constitue un frein majeur au développement actuel du pays et hypothèque assez largement son avenir pour les prochaines générations. Ce d’autant plus que près de la moitié des enfants de moins de cinq ans sont atteints de malnutrition infantile chronique et ne verront pas leurs cerveaux se développer normalement. A défaut d’être laissés en jachère, il s’agit là de cerveaux laissés à l’abandon pur et simple.

Richard Bohan

Source : Mémento « Spécial Madagascar » février 2018

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