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Banque et finance : la dématérialisation des services s’accélère

Bien que ne concernant qu’une infime frange de la population, le secteur des banques et services financiers pèse, comme sous tous les cieux, de tout son poids au sein de l’économie malgache. La digitalisation des services bancaires par le recours aux NTIC est au cœur de l’actualité. De nouvelles réglementations qui régissent le secteur devraient, en outre, favoriser l’inclusion financière, améliorer la sécurité et la mise en conformité avec des normes internationales.

5% à 6% seulement de la population malgache est bancarisée (à peine 10% si on inclut tous ceux qui ont recours à la microfinance). Ce n’est pas faute, de la part des banques installées à Madagascar, d’ouvrir sans cesse de nouvelles agences afin de favoriser la proximité avec la clientèle. Cet effort est d’autant plus louable que de nombreuses agences sont implantées dans des contrées totalement enclavées (qui demeurent trop nombreuses) et que, par exemple, la fluidité du «cash» doit souvent être assurée par le transport de la monnaie fiduciaire en… avion !

Révolution technologique dans un climat concurrentiel

Outre le développement d’agences physiques, toutes les banques, peu ou prou, font appel à tous les moyens offerts par les nouvelles technologies de l’information et de la communication. La consultation des comptes par Internet et les transferts d’argent (m-banking) à l’aide d’un simple téléphone mobile de type GSM sont déjà une réalité. Les banques, notamment celle orientées vers la clientèle des grandes entreprises et institutions, sont en passe d’élargir considérablement leurs services qui seront concernés par ces moyens virtuels. La concurrence est rude entre les 11 banques œuvrant dans le pays mais aussi les 31 institutions de microfinance (dont certaines pourraient être assimilées à de véritables banques) ce qui peut expliquer l’accélération de cette amélioration des services monétique ou bien encore l’ouverture de centres d’affaires. Les quatre premières banques commerciales captent néanmoins presque 90% des dépôts et octroient, à elles seules, 85% des crédits avec des encours comparables, au total, à ceux d’une banque commerciale d’une sous-préfecture française.

Un environnement peu favorable à l’octroi de crédits

Les crédits accordés ces dernières années sont particulièrement stables et représentent moins de 10 du PIB du pays ce qui demeure très faible. Les raisons sont multiples mais souvent liées au «risque pays». «Le dysfonctionnement du système judiciaire constitue une, voire la principale, entrave à l’octroi de crédits » déclarait récemment

Patrick Imam, représentant résident du FMI à Madagascar. Ainsi, les banques n’arrivent pas à réaliser leurs hypothèques par manque de décisions des tribunaux. L’instabilité politique ainsi que le manque de transparence dans la comptabilité des entreprises amènent les banquiers à juger que trop peu de projets peuvent être qualifiés de bancables. Les banques demeurent ainsi en surliquidité chronique alors que les PME/PMI, voire les grandes entreprises, se plaignent de ne pouvoir accéder à des crédits d’investissement à des taux raisonnables (qui restent souvent supérieurs à 20%). Les banques commerciales sont accusées de ne prendre que très peu de risques (demande d’apport supérieur à 30%) ce qui explique que, d’autre part, le «taux de douteux» (moindre retard d’impayé) moyen des banques soit autour de 10,6% (taux faible pour le continent africain).

La mutualisation des risques est la norme

De nombreux projets, notamment en ce qui concerne les entreprises les plus importantes, sont cofinancés par les emprunteurs eux-mêmes (fonds propres), différentes banques, qui mutualisent les risques, et des bailleurs internationaux. Les grandes entreprises contractent parfois en devises étrangères et en prenant des risques, bien évidemment, sur les taux de change d’une monnaie locale qui ne cesse de s’affaiblir car soumise, sans arrêts, à de nombreux facteurs endogènes et exogènes. Au sein de la microéconomie malgache, un simple afflux de devises pour financer la pré-campagne de la vanille suffit à raffermir l’ariary. La remontée du cours du nickel (les exportations du seul projet minier Ambatovy représentent plus de 40% de l’apport de devises) ou les décaissements de bailleurs entraînent les mêmes conséquences. Ainsi, les crédits à long terme sont rares et les financements, pour les 2/3, sont essentiellement étalés sur moins de 10 ans (voire moins de 5 ans). Les entreprises les plus importantes, aux activités diversifiées dans de nombreux secteurs et offrant donc le maximum de garanties, peuvent emprunter jusqu’à 8,5%. Si l’on note le taux d’inflation, autour de 7,5%, et celui des BTA (Bons du Trésor par Adjudication) qui offrent toutes les garanties souveraines et sont rémunérés autour de 11%, on comprendra que les banques effectuent parfois de réels arbitrages en faveur de l’investissement dans le pays.

La banque centrale est devenue autonome

Les banquiers évoquent, très souvent, les lenteurs et dysfonctionnements de l’administration malgache qui pénalisent leurs activités. Il n’est pas rare, par exemple, que pour obtenir un titre foncier il faille attendre deux à trois ans. Ajouter à toutes les autres formes d’insécurité (politique, judiciaire…) on comprendra que le «risque pays» puisse être jugé élevé. Les banques, pour la plupart filiales de groupes internationaux, sont encadrées dans l’octroi de crédits par leur maison mère et sont limitées également par les risques souverains. Les banques malgaches n’appliquent pas, en outre, les mêmes règles prudentielles (les fameux accords de Bâle) que leurs homologues internationaux ce qui ne facilite pas les rapports avec leurs homologues étrangers. Si l’on se réfère à Madagascar à Bâle 1 (qui ne concernait que les ratios dépôts/ encours) partout dans le monde se finalise en cette fin 2017 Bâle 3 qui tient compte, par exemple des «risques pays».

Si beaucoup de textes semblent dépassés, on notera que ceux qui régissent le fonctionnement de la Banque Centrale ont été dépoussiérés. Celle-ci jouit, désormais, d’une véritable autonomie et va pouvoir jouer pleinement son rôle notamment dans l’inclusion financière au cœur des préoccupations du pays. La loi de 2005, principalement en ce qui concerne le secteur de la microfinance, a également été récemment rénovée.

Des taux de crédits exorbitants

L’on pourrait s’attendre à ce que des services financiers de proximité qui s’adressent aux acteurs les plus modestes (et souvent dans l’informel) offrent des taux de crédit parmi les plus accessibles. Il n’en est rien et comme le résume le dirigeant d’une institution de microfinance (IMF) « prêter aux plus démunis coûte cher. Il n’est pas envisageable de prêter à des taux bas à une population qui n’est demandeur que de montants faibles (15.000€ en moyenne) sur des périodes courtes excédant rarement 18 mois. Le coût de nos services de proximité est important notamment en personnel ». En effet, les IMF évaluent les dossiers en direct quand les banques sous-traitent ces opérations à des experts-comptables, par exemple. Ainsi les taux oscillent entre 24% et 36% ce qui peut néanmoins paraître très abordable, comparé aux 40%… par mois (!) que va exiger le gros quincailler du quartier. La faible concurrence entre les trois ou quatre principales IMF ne favorise pas la baisse des taux qui ne peut être envisagée qu’avec le recours aux nouveaux moyens technologiques. Les leaders du secteur se portent très bien avec une croissance allant jusqu’à 30% par an quand d’autres éprouvent les pires difficultés (liées souvent à des problèmes de «mauvaise gouvernance»). De nouveaux acteurs dans le secteur de la microfinance sont attendus tant les besoins en financement sont importants (avec un taux de défaillance faible : à peine 2% des encours sont annulés).

Les résultats (très modestes en valeur absolue) des banques malgaches sont excellents et à faire pâlir de jalousie bon nombre de leurs confrères étrangers. Les maux du pays (l’insécurité sous toutes ses formes) les limitent néanmoins dans le rôle majeur qu’elles devraient jouer au sein de l’économie malgache qui dépend beaucoup plus aujourd’hui des aides extérieures que de ses ressources et financements propres. Néanmoins, le système bancaire malgache fonctionne et ceci peut apparaître déjà en soi une performance dans un environnement économique loin de présenter une totale «normalité». Les taux de crédit que les organismes bancaires pratiquent le plus couramment, qui limitent les encours, tiennent peu compte du taux directeur de la Banque Centrale, 9% actuellement, (car les banques en surliquidité se refinancent rarement auprès de la Banque Centrale) mais davantage du retour sur fonds propres exigé par leur maison mère qui juge le pays à «risques très élevés». Bon nombre d’opérateurs n’ont-ils pas également la même approche qui diversifie, depuis peu, et vers d’autres cieux, leurs investissements? Autre mutation en cours ?

Source : Mémento « Spécial Madagascar » février 2018

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