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4ème Table ronde économique Madagascar – U.E

Dans le cadre de la célébration de l’Europe, la délégation de l’Union Européenne a organisé conjointement avec le Ministère de l’Industrie et du Développement du Secteur Privé ainsi que celui du Commerce et de la Consommation, sa 4ème Table ronde économique le vendredi 11 mai. L’objectif de cette plate-forme d’échanges est de maintenir le dialogue Public-Privé.
Une centaine de personnes représentant le secteur privé (Présidents de groupements, opérateurs, Administrateur du carrefour des entrepreneurs…), les institutions malgaches et les partenaires techniques et financiers ont pu dialoguer à la suite de la dizaine d’interventions axées sur le thème « Environnement des affaires et opportunités régionales ».
Quelques points de divergence qui se font jour
Les Accords de Partenariat Economiques (préférences tarifaires du COMESA et de la SADC, APE de l’Union Européenne…) ont été au coeur des débats. On relèvera la très courtoise « passe d’armes » entre Freddy Rajaonera, Président du SIM (Syndicat des Industries de Madagascar) et Antonio Sanchez-Benedito, Ambassadeur et chef de Délégation de l’Union Européenne rappelant que » les chiffres sont têtus et il est incontestable que l’évolution des échanges Madagascar-U.E ont largement profité à la Grande Île dont la valeur des exportations vers l’U.E a progressé de 738 millions € en 2013 à 1.178 millions en 2018. La balance commerciale étant nettement bénéficiaire pour Madagascar et de l’ordre de près de 500 millions d’euros ». Le Président du SIM craignant que ces accords qui permettent à 80 % des produits d’origine U.E d’entrer « hors quota, hors duty» sur le sol malgache (la totalité des produits malgache bénéficient des mêmes avantages vers l’U.E) ne viennent trop sévèrement concurrencer la production industrielle de droit commun locale, « le secteur industriel demeure perplexe ». En fait, les deux interlocuteurs n’évoquent pas la même réalité. L’Ambassadeur de l’U.E évoquant les échanges dans leur globalité au sein desquels la vanille et le secteur textile (industrie sous statut franc pour l’essentiel) pèsent de tout leur poids. Le Président du SIM se préoccupant du devenir des PME/PMI malgaches qui ne peuvent saisir les opportunités d’exporter et qui, pour l’heure, sont concurrencées par des produits dont la qualité finit, il faut en convenir, par séduire les consommateurs malgaches.
Des mises aux normes incontournables et…
Il est incontestable que les industriels locaux, pour la plupart à la tête d’outils de production souvent obsolètes, vont devoir investir et remettre en question leur politique marketing et commerciale vieillissante. L’U.E devant tenir compte des réalités d’un pays (les APE appuient d’ailleurs les industriels locaux) qui a été, trop longtemps, isolé du reste du monde et qui a quelques difficultés à intégrer les règles impitoyables du libéralisme économique. Des réunions sont prévues afin d’envisager de nouvelles améliorations de ces Accords de Partenariat Economique qui sont d’ailleurs dans une phase intermédiaire.
Demeurera le problème des nouvelles sources de recettes fiscales (les recettes douanières devant baisser par l’instauration des accords tarifaires préférentiels) qui concerneront inévitablement le secteur formel et, en toute priorité, les industriels locaux…
… des opportunités encore largement inaccessibles
Concernant les opportunités offertes par les sous-ensembles économiques régionaux (COMESA et SADC, voire dans une autre mesure, l’océan Indien) il conviendra de noter que la partie malgache accumule les retards concernant principalement sa mise aux normes (respect des règles sanitaires et phytosanitaires), ses démarches « qualité » et l’état général de ses infrastructures (l’U.E ayant réhabilité 3.500 km de routes depuis 1993) qui font que le pays ne puisse saisir que trop peu d’opportunités d’exporter. Les réformes institutionnelles (nouvelle loi sur le développement industriel – dont on attend les décrets d’application –  ou la mise en place de nouveaux outils : Agence pour la Promotion des Exportations, Guichet Unique des Exportations…) avancent mais moins vite que dans les autres pays de l’Afrique subsaharienne entraînant une baisse de la compétitivité relative de Madagascar. Ainsi du point de vue de l’indicateur du commerce transfrontalier (Doing business) Madagascar est passé de la 109ème place (2009) à la 134ème. Les performances logistiques (avis des partenaires commerciaux) se situant aujourd’hui en dessous de la moyenne de l’Afrique subsaharienne…
En filigrane des fructueux échanges, on retiendra les références constantes à la stabilité politique, remise en cause par les récents événements qui secouent le pays, facteur incontournable et prépondérant pour un développement des activités qu’elles soient tournées vers les marchés extérieurs ou même vers le marché intérieur. Cette 4ème Table ronde qui n’avait pas pour but de trouver des solutions aux problèmes récurrents du pays, aura atteint son objectif d’en relever ses handicaps, mais aussi ses atouts, et surtout de maintenir le dialogue Public-Privé lui aussi mis à mal par le climat politique ambiant. Ainsi l’unanimité s’est faite quant à l’urgence de développer de véritables chaînes de valeurs, notamment dans le domaine agricole et agro-industriel. Ce thème sera surement évoqué en maintes occasions lors de la prochaine Foire Internationale de l’Agriculture (FIA du 13 au 16 septembre 2018).
Richard BOHAN

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